Leaf
Échanger des idées sur le climat
Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie
www.nrtee-trnee.ca
Échanger des idées sur le climat

DEBUT DE LA BARRE DE MENU COMMUNE

Franc Nord : Adaptation de l'infrastructure du Nord canadien au changement climatique

6.0 Conclusions et recommandations

« Précédent | Prochain »

Le Nord du Canada se situe au coeur même du changement climatique. La vitesse et l’amplitude du changement dans le Nord canadien et sa capacité de réaction inégale et réduite pour réagir à ce risque émergeant souligne un problème évident de notre allocation des ressources et de notre attention sur cette région canadienne. La vulnérabilité de l’infrastructure en est une démonstration. L’ingénierie dans des climats froids, le manque de dédoublements des systèmes d’infrastructure, les ressources humaines et financières restreintes pour l’évaluation des risques et pour l’application des normes, voilà autant de caractéristiques qui contribuent à cette vulnérabilité. Un climat en mutation contribue désormais à la complexité de la gestion du risque pour l’infrastructure du Nord, surtout en association avec les transformations sociales et économiques qui sont actuellement en cours dans la région. Régi par le développement économique et l’évolution de la démographie, et exacerbé par le changement climatique, le Nord canadien risque de subir une pression jamais vue sur ses systèmes d’infrastructure.

L’infrastructure est un moyen d’adaptation et elle est remise en cause à cause des conséquences du changement climatique; c’est particulièrement le cas dans le Nord. Un actif durable, le profil de risque de plusieurs systèmes d’infrastructure s’intensifiera au fil du temps, alors que le changement climatique s’accéléra. Pourtant, leur tolérance sera nécessaire pour assurer un développement régional durable et pour protéger les intérêts du Nord en matière de sécurité, pour l’ensemble des Canadiens. Par conséquent, il est du meilleur intérêt du Canada de s’assurer que la région est capable de gérer efficacement les risques liés au climat pour l’infrastructure, et que les processus et mécanismes nationaux fonctionnent dans le Nord.

DANS CE CHAPITRE
TABLE DES MATIÈRES


 

La capacité du Canada de s’adapter à un climat en mutation est énorme, en comparaison à plusieurs autres régions du monde. Si nous devons faire évoluer l’adaptation, nous devons augmenter cette capacité. Mais il y a des obstacles à une adaptation simplifiée dans les politiques et processus des secteurs public et privé. La recherche et les consultations que nous avons effectuées ont révélé quatre principaux obstacles que nous devons surmonter :

En premier lieu, les contraintes de capacité : la capacité fait référence à la connaissance, aux habiletés techniques, aux capacités d’organisation et de planification, aux règles encadrant la prise de décision, et aux finances qui permettent la participation des intervenants à la gestion des risques posés par le changement climatique. Si la capacité de résoudre des problèmes et de gérer les risques est déjà insuffisante, l’ajout du changement climatique risque de miner davantage les budgets de ressources humaines. Dans le Nord du Canada, le manque de ressources humaines et de capacité d’organisation s’ajoute à d’importants facteurs limitatifs sur les capacités des collectivités à s’ajuster au climat en mutation. La clarification des besoins de gestion du risque lié au climat commence par l’uniformisation de l’imputabilité et de la responsabilité. Entre autres éléments, les besoins en matière de capacité ont trait à :

  • la participation et à l’établissement de priorités
  • l’application des connaissances, y compris des connaissances traditionnelles, et des outils de soutien aux décisions à des situations précises
  • la mise en oeuvre de stratégies pour gérer les risques liés au climat, y compris la capacité de gérer, d’apprendre de la mise en oeuvre de stratégies, et d’adapter les stratégies, au besoin
  • aux ressources financières et humaines pour soutenir les trois éléments précédents

En deuxième lieu, les manques dans les données et dans les renseignements. Les données et renseignements font référence aux participations aux décisions stratégiques, opérationnelles et techniques. Ce concept comprend des renseignements relatifs au climat, à d’autres facteurs environnementaux, qu’il s’agisse de données ou de projections. Il comprend également les données et projections de nature sociale, comme les comportements et tendances sociales et économiques qui augmentent la vulnérabilité. Les professionnels de l’infrastructure qui participent à la recherche et aux consultations de la TRNEE ont tous insisté sur le besoin d’outils, de données et renseignements appropriés et convenables pour soutenir la prise de décision, comme des ingrédients de base d’une action efficace sur l’adaptation.

La récente évaluation scientifique canadienne des impacts du changement climatique et de l’adaptation conclut que les renseignements disponibles nous permettent de poursuivre l’adaptation à titre d’objectif politique. Cependant, il y a encore d’importants écarts en ce qui a trait aux renseignements pour les décisions opérationnelles. Au Canada, plusieurs tendances ont contribué aux faiblesses des systèmes de données et renseignements pertinents en matière de climat, dont les suivants :

  • Un engagement en baisse envers la surveillance environnementale à long terme, ainsi qu’un recul
    conséquent de la capacité des services publics à analyser les données recueillies
    . Les efforts
    portant sur la météorologie, les écosystèmes et autres ont diminué au cours des quinze dernières
    années. Tel que l’indique le rapport 2006 sur les changements climatiques du Commissaire à
    l’environnement et au développement durable, les réductions budgétaires du gouvernement
    fédéral ont réduit les réseaux de surveillance, ainsi que l’archivage et l’analyse de données à
    l’appui de décisions, comme la conception d’infrastructures. Les récents engagements et initiatives au Canada et avec des collaborateurs, comme les activités de l’Année polaire internationale visant à rééquiper un certain nombre de réseaux d’observation, l’engagement fédéral d’établir l’Institut canadien de la recherche sur l’arctique, et le Réseau d’observation de l’Arctique durable, ont jeté les bases sur lesquelles il faudra rebâtir ce qui a été perdu.

  • Fragmentation des efforts de collecte et de diffusion des données et d’information par les gouvernements. La collecte régionale des données climatiques s’effectue, tout comme celles des conseils des eaux territoriales. Cependant, leur capacité à fournir des renseignements sous des formes utiles pour les décideurs et les praticiens est limitée. Certains secteurs économiques recueillent leurs propres données, mais ces données recueillies à titre privé demeurent trop souvent inaccessibles aux autres décideurs, y compris ceux du secteur public. Les efforts visant à diffuser ces données et renseignements et à les rendre accessibles, à l’aide de répertoires ou de portails centraux, par exemple, pourraient en améliorer grandement l’utilité.

Il est important de se souvenir que les données et les renseignements en soutien à l’adaptation ne portent pas que sur le climat. Il s’agit aussi de renseignements sur les caractéristiques et tendances sociales et économiques qui déterminent la vulnérabilité au changement climatique, comme les tendances d’urbanisme, l’état des éléments d’infrastructure, les effets combinés du changement climatique et des autres tendances, comme le vieillissement de la population.

Troisièmement, un manque de direction : le concept de direction fait référence aux approches et méthodes convenues, visant à tenir compte des risques climatiques dans la planification courante et les décisions. Les directives peuvent viser des décisions de politiques, de programmes ou d’opérations. Notre recherche démontre que les décideurs et les professionnels doivent disposer de lignes directrices et d’une méthode pour intégrer les renseignements sur le changement climatique, comme des tendances et des projections, dans leur planification et leurs décisions. Les ingénieurs, par exemple, continuent à chercher auprès du gouvernement des valeurs et approches, nouvelles ou mises à jour, de conception climatiques à utiliser sur les codes et normes d’infrastructure, mais les progrès sont lents. Ce problème a un effet boule de neige. Des CNIC mal adaptés équivalent à une absence de base de souscription pour les compagnies d’assurance, ce qui peut entraîner une hausse artificielle des primes d’assurance, puisque les compagnies d’assurance ajoutent une sécurité pour refléter le risque non évalué. La mise en place des niveaux adéquats de surveillance, de production et d’analyse des données, et la conception d’outils d’aide à la prise de décision relèvent d’un effort de collaboration entre les fournisseurs et les usagers de ces ressources. Les programmes fédéraux comme les Initiatives de collaboration pour l’adaptation régionale et Outils d’adaptation offerts par Ressources naturelles Canada font la promotion de ce type d’approche de collaboration en tant que moyen efficace de transformer les connaissances en action.

Finalement, les questions de coordination : le concept de coordination fait référence à la mobilisation des décideurs et des intervenants vers des objectifs communs d’adaptation. La recherche de la TRNEE a permis de faire une importante observation : les décideurs affrontent des contre-incitations à l’intégration des risques climatiques aux plans, stratégies et pratiques. Les décideurs de toutes les sphères de la société ne perçoivent pas le signal de haut niveau qui indique que l’adaptation est un problème à régler maintenant et qu’une façon efficace d‘avancer est d’intérioriser cette réalité avec d’autres objectifs. Les efforts d’augmenter la capacité afin de s’adapter aux risques climatiques et de les gérer sont bien réels, mais ils sont faits en réaction à certaines pressions et à certains événements, en fonction des intérêts et capacités existants. L’absence de cadre national général ou d’engagement entraîne des réactions pêle-mêle non coordonnées et qui risquent d’être inefficaces
et coûteuses.

6.1 Recommandations

La TRNEE formule les recommandations suivantes pour promouvoir la tolérance de l’infrastructure nordique et sa capacité de s’adapter à un climat en mutation. Nos recommandations visent deux buts : premièrement, faire en sorte que les institutions existantes travaillent mieux en intégrant l’adaptation aux politiques, processus et mécanismes du gouvernement, et s’assurer que les opinions des gens du Nord sont communiquées; ensuite, augmenter la capacité d’adaptation au changement climatique du Nord de la science et à l’échelle communautaire, afin que la région soit plus souple, autonome, et moins vulnérable aux défis que l’adaptation au changement climatique posera au cours des prochaines années.

INTÉGRER L’ADAPTATION DANS LA POLITIQUE

1. Intégrer les risques liés au climat aux politiques, processus et mécanismes gouvernementaux actuels.

Nous pouvons susciter l’adaptation au changement climatique de façon efficace, dès maintenant, simplement par l’exploitation plus efficace des politiques, processus et mécanismes actuels. Nous n’avons pas à attendre d’en inventer de nouveaux. Il faut transférer les connaissances actuelles et canaliser les perspectives d’adaptation vers ce que nous faisons déjà. Cela signifie que les prochaines décisions d’infrastructure seront prises en fonction du climat, en intégrant des facteurs climatiques à plus long terme à la prise de décisions en matière de planification, de financement, de construction et de gestion dès maintenant. Plus précisément, la TRNEE recommande que :

  • le gouvernement du Canada se serve de sa programmation d’infrastructure et des cadres fédéral-provincial-territorial afférents pour effectuer l’intégration des risques liés au climat dans les nouvelles constructions et réaménagements d’infrastructure, ce qui garantit que les systèmes permettent de surveiller le rendement de l’infrastructure et de faire rapport à ce sujet.
  • le gouvernement du Canada, par le biais du Conseil canadien des normes, dirige les efforts afin de garantir l’efficacité des codes et des normes en matière de conception, de planification et de gestion de l’infrastructure pour gérer les risques climatiques et que cette efficacité soit évaluée régulièrement compte tenu de nouvelles données climatiques.
  • les gouvernements et l’industrie de l’assurance collaborent pour examiner le rôle de l’assurance privée dans la gestion des risques liés au climat pour l’infrastructure, les changements possibles dans l’accès à la protection d’assurance lors de l’arrivée de nouveaux facteurs de risque liés au climat, et le besoin d’une obligation de divulgation des risques financiers que le changement climatique représente sur l’industrie.
  • tous les ordres de gouvernement entreprennent un examen collaboratif des cadres actuels de gestion des catastrophes et urgences à titre de mécanismes permettant l’adaptation au changement
    climatique à titre préventif.

2. S’assurer que les intérêts nordiques sont représentés et intégrés à l’élaboration de solution d’adaptation au changement climatique.

Les processus et mécanismes nationaux ne tiennent compte, ni ne se servent, de façon adéquate, des perspectives du Nord dans la conception et dans la mise à jour d’importants outils pour l’adaptation au changement climatique. Cet aspect est essentiel si la région doit se préparer à ce qui s’en vient. Une participation importante des professionnels, des experts et des collectivités du Nord dans la planification, la conception et l’exécution de l’infrastructure doit être régulièrement organisée et institutionnalisée. Plus précisément, la TRNEE recommande que :

  • le gouvernement du Canada fasse la promotion du dialogue et de la participation entre les professionnels de la gestion (codes et normes, assurance, gestion des catastrophes) qui exercent dans le Nord du Canada et la communauté de l’adaptation au changement climatique.
  • le gouvernement du Canada envisage augmenter les codes-modèles nationaux pertinents, comme le Code national du bâtiment du Canada, pour donner des directives aux professionnels de l’infrastructure nordique sur l’intégration des risques liés au climat.
  • les gouvernements collaborent avec des spécialistes de l’infrastructure nordique pour élaborer des directives de conception et d’ingénierie ou des pratiques exemplaires ayant subi l’examen de la profession, rédigées expressément pour le Nord canadien, pour chaque grande catégorie
    d’infrastructure.
  • les gouvernements soulignent l’expertise et l’expérience en matière de gestion des risques liés au climat pour l’infrastructure nordique à des latitudes circumpolaires, pour échanger des connaissances et appliquer le leadership du Canada dans le cadre de la Stratégie pour le Nord du Canada.

AUGMENTER LA CAPACITÉ D’ADAPTATION DU NORD

3. Renforcer la capacité scientifique et l’utilisation des renseignements dans le Nord pour soutenir les efforts d’adaptation à long terme.

Les sciences sont au coeur des connaissances et des tendances en matière de changements climatiques. Nous devons en apprendre davantage sur la nature et la portée du changement climatique dans le Nord canadien et sur la façon dont seront touchées l’infrastructure et les collectivités. Les données et renseignements de ce genre peuvent être plus utiles, et être utilisés au-delà des affaires gouvernementales, en soutenant le développement de l’infrastructure privée et de la capacité des collectivités à s’adapter rapidement et efficacement. Plus précisément, la TRNEE recommande que :

  • le gouvernement du Canada investisse et établisse les stations de collecte de données sur le climat et le pergélisol du Nord canadien dont il se sert pour recueillir ces renseignements importants à l’appui des besoins de prise de décision en matière d’adaptation de l’infrastructure.
  • le gouvernement du Canada garantisse l’investissement continu dans la climatologie et dans la modélisation du climat, et la recherche sur les impacts du changement climatique et sur l’adaptation à celui-ci, en profitant d’ententes avec les instituts de recherche sur l’Arctique et des mécanismes novateurs d’exécution.
  • le gouvernement du Canada consacre des ressources à mettre à jour et à diffuser de façon fiable les données et renseignements pertinents sur le climat, les projections en matière de changement climatique et les valeurs de conception climatique pour soutenir les décisions d’infrastructure.
  • les gouvernements, le secteur privé et les organismes de recherche collaborent pour rendre l’information et les données scientifiques pertinentes à l’adaptation dont on dispose actuellement plus accessibles et utiles pour les professionnels, les propriétaires et les exploitants de l’infrastructure nordique.

4. Bâtir la capacité de la collectivité à gérer les risques climatiques pour l’infrastructure nordique et pour profiter des occasions.

Les collectivités du Nord du Canada ont besoin d’une meilleure capacité d’adaptation au changement climatique. La vulnérabilité de l’infrastructure nordique et des services afférents est claire comme de l’eau de roche. Il est essentiel de disposer d’une infrastructure fiable pour le développement régional durable et pour la sécurité humaine. Pourtant, dans plusieurs collectivités nordiques, la capacité d’évaluer et de gérer les risques que représentent pour l’infrastructure le changement climatique, de même qu’à saisir les occasions, est très restreinte. Plus précisément, la TRNEE recommande que :

  • les gouvernements continuent de soutenir la réduction du risque pour l’infrastructure à l’échelle des collectivités par des activités comme la sensibilisation aux liens entre la gestion des catastrophes et l’adaptation au changement climatique, à la représentation cartographique de l’infrastructure essentielle et à l’élaboration et au suivi des indicateurs de vulnérabilité.
  • les gouvernements soutiennent l’innovation régionale dans le Nord en encourageant l’élaboration de technologies et de matériaux adaptés aux climats froids et en favorisant leur mise en marché.
  • les gouvernements collaborent à recenser les manques et soutiennent le développement des habiletés régionales pour répondre aux besoins d’infrastructure dans un climat nordique en évolution, et qu’ils s’assurent que la capacité locale permet d’effectuer des évaluations de risque et de mettre en oeuvre des mesures et des normes de réduction du risque à l’échelle locale et régionale.
  • les gouvernements, le secteur privé, les collectivités et les organismes de recherche se penchent sur la façon de tirer profit des connaissances traditionnelles et locales, en tant que contributeur particulier au développement de la capacité communautaire et régionale d’adaptation.

« Précédent | Prochain »